Mauthausen

 

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LE CAMP DE MAUTHAUSEN

 

Durant la Seconde Guerre Mondiale, mon grand-père, Simon René DUFOUR, a été déporté au camp de Mauthausen, en Autriche, puis fut affecté à l’un des nombreux camps satellites de Mauthausen, Wiener Neustadt. Il avait le numéro d’immatriculation 943. Voici au cours des lignes qui suivent une description de l’un de ces très nombreux camps de la mort des nazis. Ces informations ont essentiellement été récoltées sur le site internet du mémorial de Mauthausen.

            Le camp de concentration de Mauthausen a été construit par les SS en août 1938, cinq mois après l’annexion de l’Autriche (« Anschluss ») par le Reich allemand.

            Les raisons du choix de Mauthausen en tant que camp de concentration vient des carrières de granite situées sur ce lieu. La compagnie DEST, détenue par les SS, a acheté ces carrières afin de les exploiter et les rendre profitables économiquement. La demande de blocs de granites pour les constructions monumentales d’Adolf Hitler, prévues pour êtres les « villes du Führer » (telles que Linz, prévue pour devenir une métropole des arts) a fait promettre d’énormes profits.

             Les prisonniers du camp de concentration étaient utilisés comme une force de travail bon marché dans les carrières. Pour les SS, le camp de concentration remplissait deux fonctions : combattre les ennemis politiques et idéologiques par l’emprisonnement, l’harassement, les tourments et les meurtres arbitraires (tout en répandant la peur et la terreur à l’extérieur) ; et exploiter le travail des prisonniers au maximum. Toutefois, l’annihilation de l’  « ennemi » demeurait toujours au premier plan, au moins jusqu’en 1943.

             Mauthausen, le seul camp de concentration classé comme « stage III », devint l’un des plus redoutés des camps de concentration. Dès le début de leur arrivée au camp, les prisonniers étaient confrontés à des conditions de vie inhumaines, alors qu’ils devaient travailler dans le camp et dans les carrières. Harassement, brutalité, punition par la terreur, faim, maladies, ainsi que l’omniprésence de la mort caractérisaient la vie de tous les jours. Le meurtre à Mauthausen arrivait sous différentes formes. Les SS battaient les prisonniers jusqu’à la mort, les pendaient, les tuaient par balle, leur faisaient des injections létales dans le cœur, les empoisonnaient par gaz ou tout simplement laissaient les prisonniers malades  ou inaptes au travail mourir de froid ou de faim.

            L’accroissement des efforts de production d’armes ainsi que le transfert de l’industrie vers des productions sur des sites souterrains ont entraîné à partir de 1943 une extension des fonctions du camp de Mauthausen. La majorité des prisonniers devaient alors travailler dans des usines d’armement, dans les nombreux camps satellites qui étaient liés à Mauthausen afin de satisfaire la demande.

           Au total, 200.000 personnes de plusieurs nationalités  ont été envoyées à Mauthausenà cause de leurs activités politiques, de leurs enregistrements comme criminels, de leurs croyances religieuses, de leur homosexualité, de leur race, ou simplement comme prisonniers de guerre. Environ la moitié d’entre eux furent soit tués, soit moururent des suites de leurs conditions de vie inhumaines durant leur emprisonnement.

           Les camps de concentration étaient classés en trois catégories. Les camps de catégorie I étaient réservés « à tous les détenus accusés d’écarts de conduite et relativement récupérables aussi bien qu’aux cas spéciaux et aux prisonniers à confinement solitaire » (Dachau, Sachsenhausen et Auschwitz I). Les camps de catégorie II étaient réservés « aux détenus accusés de félonie mais cependant éducables et récupérables » (camps de Buchenwald, Flossenbürg, Neuegamme et Auschwitz-Birkenau). Enfin, les camps de catégorie III étaient réservés « aux détenus accusés de félonie, incorrigibles, aux criminels endurcis, aux individus asociaux, et aux détenus difficilement éducables » (Mauthause). Mauthausen est resté classifié en catégorie III jusqu’à la fin de la guerre . Pour des raisons d’économie de guerre, cependant, des prisonniers des catégories I et II y sont également allés.

 

Les nationalités dans le camp

 

           La plus grande partie des prisonniers appartenant au complexe de Mauthausen était faite des polonais, le second groupe le plus important étant le fait des prisonniers de guerre russes. En y ajoutant les prisonniers juifs, on obtenait la frange de prisonniers qui devait connaître les conditions de traitement les plus difficiles et qui, de fait, avaient les chances de survie les plus réduites. Dessous, vous trouverez les différents groupes ethniques et les différentes catégories de prisonniers du camp de Mauthausen (prisonnier masculins seulement).

Albanais : environ 300 à 400 personnes

Etats Baltes : environ 300

Belges : environ 900

Français : environ 9 200

Grecs : environ 1 000

Hollandais : environ 1 900 (essentiellement des juifs)

Italiens : environ 8 300

Yougoslaves : environ 8 650

Croates : environ 200

Luxembourgeois : environ 140

Norvégiens : environ 120

Autrichiens : environ 1 650 (communistes, hommes politiques conservateurs, socialistes, membres du clergé et environ 150 citoyens juifs.

Polonais : environ 44 000 (dont environ 7 000 prisonniers juifs)

Espagnols : environ 7 200

Roumains : environ 200

Slovaques : environ 800

Citoyens russes : environ 22 800 (listés comme travailleurs non-militaires)

Prisonniers de Guerre Russes : environ 15 500 (incluant les prisonniers « K »)

Autres nationalités : environ 600

Tchèques : environ 5 000

Hongrois : environ 18 000 enregistrés et environ 12 à 15 000 non enregistrés (essentiellement des prisonniers juifs)

 

Parmi les catégories de prisonniers, on retrouve :

 

« Anti-sociaux » : environ 2 500 (autrichiens et allemands et plusieurs centaines de roumains et tziganes)

« Témoins de Jehovah » : environ 230

« Détention préventive, prisonniers, prisonniers politiques : environ 3 100 (Allemands et autrichiens ; communistes, socialistes, hommes politiques conservateurs et environ 200 prisonniers juifs)

« Homosexuels » : environ 130 (allemands et autrichiens)

« Prisonniers BV » : environ 4 500 (autrichiens, allemands et environ 300 prisonniers hongrois)

« Prisonniers SV » : environ 7 500 allemands et 3 000 prisonniers polonais.

 

Les Camps satellites

 

Le 25 Mai 1940, le camp de Gusen a été érigé et devint le premier camp satellite affilié à Mauthausen. En 1942, quatre autres camps satellites ont été construits. Début 1943, alors que de plus en plus de prisonniers étaient utilisés pour la production d’armements, le nombre de camps satellites s’est accru très rapidement. La fonction du camp principal était de répartir les prisonniers sur l’ensemble des camps satellites selon les besoins des usines de construction et d’armement de la région. Rapidement, le nombre total des prisonniers de ces camps satellites devint supérieur à celui du camp principal. Au début du mois de Novembre 1944, il y avait environ 74 000 prisonniers sur l’ensemble du complexe de Mauthausen. 13 000 d’entre eux se trouvaient dans l’enceinte du camp principal et plus de 60 000 dans les 22 camps satellites :

Amstetten, Bachmanning, Bretstein, Dippoldsau, Ebensee, Eisenerz, Enns, Grein, Großraming, Gunskirchen, Gusen, (Schloß Hartheim), Hinterbrühl, Hirtenberg, Klagenfurt, Leibnitz-Graz, Lenzing, Lind, Linz, Loiblpaß-Nord / Loiblpaß-Süd, Melk, Mittersill, Passau, Peggau, Redl-Zipf, Saurer-Werke (Wien), Schiffslager Mauthausen, Schönbrunn (Wien), Steyr-Münichholz, St. Aegyd am Neuwalde, St. Lambrecht, St. Valentin, Schwechat, Ternberg, Vöcklabruck, Wels, Wien-Floridsdorf, Wiener Neudorf, Wiener Neustadt, Zeltlager Mauthausen

 

Le camp où fut affecté mon grand-père était celui de Wiener-Neustadt, dans la région de la Basse-Autriche. Créé le 20 juin 1943, fermé le 17 novembre 1943, réouvert le 5 juillet 1944, évacué le 1er avril 1945.

 

Le Camp de Wiener Neustadt

 

En 1943, les autorités ont décidé d’une logique de transfert de sites de productions d’industries d’armements, telle celle du Rax-Werke à Wiener Neustadt qui produisait alors des moteurs de bâtiments. Wiener Neustadt devint alors un site de production pour les missiles A4 (« V2 »). Jusqu’en 1943, Wiener Neustadt resta hors de portée de l’aviation alliée. Dans le principal immeuble de production de la Rax-Werke, la « Große Serbenhalle", (une grande usine de 300 mètres de long sur 70 de large et 30 de hauteur qui avait été désassemblée en Serbie et réassemblée à Wiener Neustadt), la production de composants pour les fusées « V » commença en Juillet 1943. Originellement, cette usine devait servir à assembler les fusées. Cependant, jusqu’à novembre 1943, seulement 24 fusées ont été usinées.

Le camp satellite de Wiener Neustadt, dont le nom officiel était "SS-Arbeitslager Wiener Neustadt", a été créé le 20 juin 1943. Ce jour-là, environ 500 prisonniers arrivèrent du camp principal, et le 8 octobre 1943, 772 autres prisonniers furent amenés au camp. Ils étaient internés dans l’annexe de la grande usine serbe, et travaillèrent initialement à l’achèvement de l’usine. Plus tard, ils montèrent les machines et les installations pour la production de fusées.

Après les premiers raids aériens sur Wiener Neustadt, le transfert de la production sous terre fut considérée. Comme première mesure, la production d’oxygène fut transférée dans les caves de la brasserie Zipf où, au même moment, un nouveau camp de prisonniers était créé : le camp satellite de "Schlier-Redl-Zipf".

En novembre 1943, après des raids aériens répétés lors desquels l’usine de la Rax-Werke fut également touchés, la production de fusées A4 (« V2 ») fut interrompue. En même temps, le camp satellite de Wiener Neustadt fut fermé, et certains des prisonniers furent transférés à Redl-Zipf, d’autres au camp de Dora-Mittelbau. A la fin du moi de mai 1944, la Rax-Werke commença la production de petits vaisseaux : « Marine-Artillerie-Leichter ». Une nouvelle fois, un camp satellite fut érigé. Les 300 premiers prisonniers arrivèrent de Mauthausen le 5 juillet 1944. Environ 500 à 700 prisonniers ont été internés dans le camps jusqu’à sa fermeture et l’évacuation de ses prisonniers au camp satellite de la Steyr à la fin mars 1945.

 

LA VIE DANS LE CAMP DE MAUTHAUSEN

 

L’arrivée au camp

 

                Dès leur arrivée, chaque prisonnier se voyait assigné un numéro. L’enregistrement des noms des prisonniers et l’assignation des numéros était faite par le clerc du camp. Lorsque des transports étaient numériquement très importants, ces procédures pouvaient durer des heures voire des jours. Les prisonniers individuels gardaient le même numéro lorsqu’ils étaient transférés dans des camps satellites, excepté à Gusen.

                Dès qu’un prisonnier recevait un numéro, il ne devenait rien de plus que ce numéro. Il ne pouvait plus utiliser son nom. Chaque prisonnier recevait également une plaque de métal avec son numéro gravé, qu’il devait porter au poignet ou autour du coup. Le numéro était également imprimé sur la veste ou la jambe droite du pantalon.

                Après les procédures de désinfection et le rasage des cheveux, les prisonniers recevaient leurs vêteùents, un costume rayé bleu et blanc. Chaque prisonnier devait porter un badge de couleur triangulaire, selon sa catégorie et son origine. Les prisonniers juifs se voyaient attribuer une étoile jaune.

                Après les procédures d’enregistrement, les prisonniers étaient mis en quarantaine. Ils devaient y rester de une à trois semaines. Puis on leur assignait une tache à l’excavation dans la mine. A ce point, les prisonniers malades, faibles, vieux, ou inaptes, étaient battus à mort ou « tués par balle en essayant de s’échapper ». Ceux qui survivaient à la quarantaine étaient répartis dans différents baraquements du camp principal ou transférés dans un camp satellite. Alors, la vie de tous les jours pouvait commencer…

 

Les baraquements

 

                Ils étaient faits de bois, et mesuraient dans le camp principal 52 mètres sur 8. La partie gauche était appelée A et celle de droite B. Une chambre consistait en une aire de sommeil et une partie commune. Mais seule la partie commune était réservée aux prisonniers fonctionnaires. Entre les parties A et B, il y avait une salle de toilette et une salle de bain, ainsi qu’une salle de stockage du fuel. Les SS insistaient pour que ces baraquements soient toujours impeccables, et les détenus devaient souvent marcher pieds nus pour entrer. Les français étaient majoritairement gardés dans le bloc 13.

 

La nourriture

 

                Les prisonniers aptes au travail recevaient à peu près ce régime :

 

Le matin : environ 5 décilitres d’extrait de soupe avec un peu de graisse ou 5 décilitres d’un ersatz de café noir, habituellement sans sucre.

A midi : 7 à 10 décilitres d’un ragoût constitué d’environ 200 grammes de betteraves, 50 grammes de pommes de terre, 20 grammes de graisse, 20 grammes de viande, un peu de farine, et de l’eau.

Le soir : 300 à 400 grammes de pain de seigle et 25 gramme de saucisse, ou parfois 25 gramme de margarine.

Le samedi soir ou le dimanche, à la place des saucisses, les prisonniers recevaient parfois du jambon ou du fromage blanc.

Le contenu calorique de ce régime était bien sûr par trop insuffisant pour les prisonniers affectés au travail dans les carrières ou au creusage de tunnels. Tout le monde avait faim en permanence, et la sous-nutrition permanent entraînait de nombreuses maladies.

Les chances de survie pour les prisonniers qui ne réussissaient pas à trouver de la nourriture supplémentaire (des prisonniers travaillant dans les cuisines entre autre diminuaient chaque jour. Mais ceux qui étaient soupçonnés de vol de nourriture étaient souvent lynchés par les prisonniers fonctionnaires. Dès 1942, les prisonniers malades ne recevaient plus que la moitié de leur ration habituelle…

 

Le quotidien

 

                La journée commençait à 4h45 du matin pour tous les prisonniers, 5h45 en hiver. Dès le réveil, ils devaient s’aligner le plus rapidement possible par rangées de vingt dans le square d’appel. Après que les taches de la journées aient été distribuées, les prisonniers marchaient vers leurs différents lieux de travail en rangées serrées.

                Après 8 à 11 heures de travail, selon leur activité, les prisonniers revenaient pour l’appel du soir à 19h00, 18h00 en hiver. Cette procédure durait généralement une demi-heure, mais pouvait durer bien plus longtemps en cas d’exécution ou si un prisonnier s’était évadé. Après cela, la nourriture était distribuée.

                La nuit durait à peine six heures, souvent interrompue par les SS ou les prisonniers fonctionnaires.

                Durant leur journée de travail, les prisonniers étaient souvent harcelés, humiliés, par les SS, et vivaient en permanence sous la menace.

                Au cours de ce que l’on appelait le temps libre, le soir et les dimanches, certains prisonniers pouvaient écrire à leur famille. A partir du printemps 1942, un bordel a également été créé à Mauthausen et certains prisonniers avaient le droit de s’y rendre. La dizaine de femmes affectées à ce bordel venaient majoritairement de Ravensbrück, avec la promesse si elles étaient volontaires pour six mois d’être libérées. Bien souvent, elles repartaient pour Ravensbrückou étaient tuées si elles étaient malades. Sinon, les prostituées venaient soit d’Allemagne, soit de Pologne. Il en coûtait deux Reichmarks pour la visite.

                Concernant le courrier, seuls les juifs, les russes, les albanais, les italiens et les grecs n’avaient pas le droit d’écrire. Dans chaque lettre, écrite obligatoirement en allemand (ou en espagnol pour les hispanophones), devait apparaître la phrase suivante : « je suis en bonne santé et je me sens bien ». Les lettres étaient systématiquement lues par des officiers SS.  A partir de 1943, les prisonniers pouvaient recevoir un colis avec nourriture et vêtements (dès 1944). Mais bien souvent, seule une faible partie du colis arrivait à son destinataire.

                Enfin, dans le camp principal, un orchestre avait également été créé. Il devait jouer pour les dignitaires du camp, mais aussi lors des exécutions. A partir de 1942, il était composé de 40 à 60 prisonniers. Dès l’été 1944, un orchestre plus petit fut créé. Certains des musiciens de cet orchestre faisaient partie de l’Orchestre Philharmonique de Varsovie, et avaient amené avec eux leurs propres instruments.

 

Les enfants, adolescents et femmes à Mauthausen

 

                En plus des hommes, on trouvait à Mauthausen des enfants âgés de 13 à 18 ans. Selon certaines statistiques, il y aurait eu au 31 Mars 1945 15.046 prisonniers de moins de 20 ans dans le camp. Ils devaient bien sûr travailler comme les adultes.

                Concernant les femmes, un très grand nombre fut exécuté à Mauthausen. Environ 8.500 femmes ont été internées à Mauthausen entre 1942 et la libération du camp, le 5 mai 1945. Généralement, les femmes qui venaient à Mauthausen devaient y être exécutées, ou transférées dans un autre camp.

 

Les évasions

 

                Pour s’échapper du camp, il fallait grimper un haut mur équipé d’un fil de fer barbelé électrifié à haut voltage. Il fallait ensuite traverser le cordon de gardes SS postés autour du camp, ce qui ne pouvait être fait qu’en cas d’évasion massive. Lorsque un prisonnier tentait de s’échapper et était récupéré, il était ramené au quare d’appel et exécuté dans la prison. Généralement, une tentative d’évasion était souvent accompagnée de mesures de répression auprès des autres prisonniers.

 

LE TRAVAIL DES PRISONNIERS

 

Les prisonniers dans l’industrie d’armements

 

                Au cours de l’année 1942, seuls 8 % des prisonniers travaillaient dans les usines de production d’armements, les autres travaillant dans les carrières, la construction du camp ou d’ateliers. C’est seulement après la visite d’Albert SPEER au camp de Mauthausen au printemps 1943 que l’implantation accrue d’usines de production d’armements a eu lieu. Plusieurs prisonniers ont alors été envoyés dans des camps satellites, dont celui de Wiener Neustadt à l’usine Rax-Werke.

 

Les prisonniers dans les carrières

 

                La journée commençait à 6h30 l’été et 7h30 l’hiver. Le déjeuner durait d’une demi-heure à une heure, et la journée se poursuivait jusqu’entre 16h45 et 18h30. Les journées pouvaient durer 11 heures l’été et 8 à 9 heures l’hiver, ce qui faisait de 54 à 60 heures par semaine. Les prisonniers qui travaillaient dans la construction du tunnel ou dans les usines d’armements pouvaient travailler de 66 à 72 heures par semaine.

               

LA LOGIQUE DE MORT

 

Les prisonniers malades

 

                L’une des premières phrases qu’entendaient les prisonniers en arrivant à Mauthausen était la suivante : « les seules personnes ici sont les vivants, ceux qui travaillent, et les morts. Les malades doivent mourir ». Compte tenu des conditions de travail et des carences alimentaires, la santé des prisonniers était catastrophique. La plupart souffrait de malnutrition terrible. Les maladies les plus fréquentes étaient des oedèmes, des inflamations des tissus et surtout la tuberculose. En septembre 1941, une fièvre se déclara dans le camp. Tous les prisonniers atteints reçurent une injection létale dans le cœur.

                Si l’on pouvait de temps en temps aller à l’infirmerie, les malades ne recevaient pas de traitement. Les docteurs SS séparaient ensuite les malades « guérissables » et les « incurables ». Les incurables étaient alors tués par injection létale, ou emmenés dans la voiture à gaz, ou dans la chambre à gaz, ou alors étaient envoyés dans d’autres camps de réhabilitation pour être également gazés. A certains, on donnait une petite tasse en étain pour ramasser des baies. Les malades étaient tués « alors qu ‘ils essayaient de s’échapper ».

 

La punition par la terreur

 

                Afin de maintenir l’ordre et l’éducation des prisonniers, avait été instauré un régime pénal de terreur. Les punitions et les degrés de celles-ci étaient totalement aléatoires. Cela allait du travail forcé durant les périodes de repos, à l’exclusion des repas, à l’interdiction d’écrire des lettres, l’emprisonnement avec violence ou dans des cellules privées de toute lumière.

                Des punitions corporelles étaient bien sûr appliquées. Certains prisonniers se faisaient frapper à coups de bâtons jusqu’à 75 fois, allongés sur le sol. Certains prisonniers étaient pendus par les mains attachées dans le dos à deux mètres de haut. Au bout d’une demie heure de torture, la victime tombait inconsciente.

 

Les exécutions

 

                Jusqu’en 1942, les exécutions, appelées aussi traitement spécial, étaient effectuées par un commando d’exécution SS sur un terrain qui se trouvait hors du camp. Plus tard, les prisonniers étaient exécutés d’une balle dans la nuque dans la cellule de l’infirmerie, ce que l’on appelait le neck shot corner. La procédure totale (amener le prisonnier dans la salle, le tuer, et emmener son corps au crematorium ne prenait pas plus de 2 minutes. Certains étaient pendus. Les prisonniers devaient monter sur une table, puis on leur passait une corde autour du cou.

                Les prisonniers qui tentaient de s’échapper et qui étaient capturés étaient pendus sur le square d’appel du camp principal, souvent accompagnés par la musique de l’orchestre.

 

Le véhicule à gaz

 

Le premier véhicule à gaz appelé « voiture spéciale » ou « voiture S » était une sorte de van vert adapté dans le garage du camp. Le second véhicule à gaz a été utilisé à partir du printemps 1942. Le véhicule à gaz, qui contenait environ 30 prisonniers, était conduit de Mauthausen à Gusen, et revenait. Durant le trajet, les victimes mouraient par suffocation soit par monoxyde de carbone, soit avec un gaz connu sous le nom de Zyklon B.

 

La chambre à gaz

 

La chambre à gaz, dont la construction commença en 1941, était située près de la nouvelle infirmerie, près également des fours du crematorium. Environ 4 à 5 000 hommes et femmes ont été assassinés dans la chambre à gaz.

Cette chambre était faite comme une salle de douche de 3,7 sur 3,5 mètres, fermée hermétiquement par deux portes. On y comptait 16 pommeaux de douche. La salle avait également un radiateur, une source de lumière et une ventilation électrique ainsi qu’un tube d’un mètre de long invisible des victimes. C’est par ce tuyau que sortait le gaz, du Zyklon-B, un poison qui émettait du cyanure d’hydrogène. Avant chaque gazage, un docteur SS examinait les prisonniers pour voir ceux ayant des dents en or. L’opération durait une vingtaine de minutes. On procédait alors à l’évacuation du gaz, et tout était prêt pour fonctionner de nouveau.

 

La gestion de la mort

 

                Comme dans tous les camps, un livre des prisonniers et de leurs numéros était tenu méticuleusement. Dans le bureau du camp, les prisonniers étaient comptés trois fois par jour. Les décès étaient également enregistrés dans des listes et des livres. Les causes du décès étaient systématiquement falsifiées afin que les vraies causes soient tenues secrètes et dissimulées. Les causes généralement invoquées étaient les suivantes : faiblesse cardiaque générale, septicémie généralisée, pneumonie.

                Les corps étant immédiatement incinérés, pour des considérations « d’hygiène », il devenait impossible de contester les causes du décès.

                Les membres de la famille recevaient une lettre les informant du décès de leur proche, indiquant la cause de celui-ci, ainsi que le fait que le corps avait été incinéré et qu’il était possible de recevoir une urne avec les restes du défunt. Une seconde lettre indiquait généralement que tout avait été fait pour soigner la maladie du «prisonnier ».

                Rappelons qu’entre le 1er novembre 1941 et avril 1945, le camp de Mauthausen a récupéré 24kg 499 d’or provenant des dents des prisonniers tués.

 

Le nombre de tués

 

                Le registre des morts du camp de Mauthausen tenu par le docteur en chef faisait état d’un total de 68.874 noms. Selon certains spécialistes, on n’y trouvait pas la trace des victimes suivantes :

 

5 000 prisonniers « K » (essentiellement des prisonniers de guerre russes)

4 841 victimes de l’usine de la mort d’Artheim

1 500 prisonniers exécutés sans numéro

2 000 prisonniers morts en avril 1945

8 000 prisonniers hongrois assassinés pendant leur transfert vers Burgenland et Styria

8 058 personnes qui sont mortes à Mauthausen, Guzen Linz et Ebensee entre le 27 avril 1945 et le 6 juin 1945

4 500 prisonniers morts pendant les transports ou durant les formalités d’admission

   360 prisonniers morts pendant les raids aériens sur les différents camps satellites

2 200 anciens prisonniers morts entre Mai 1945 et Novembre 1945 dans les hôpitaux locaux ou américains

     36 prisonniers morts en 1938

   959 russes POWs morts à Mauthausen en 1945

     72 femmes décédées entre octobre 1944 et le 30 avril 1945


Mon grand-père, sur la fin de sa vie, m'a donné un document qu'il m'a expliqué être son livret passeport quand il était

interné à Wiener Neustadt, et qu'a priori il n'a montré à personne. De plus, il n'a jamais parlé de cette préiode, seulement

m'a-t-il expliqué qu'il faisait du sabotage... Période trouble pour moi, mais surtout, si quelqu'un a déjà vu le document

ci-dessous, qu'il n'hésite surtout pas à me dire s'il en sait un peu plus, moi je ne sais pas à qui m'adresser...

Merci par avance...

 

 


Fredbertomeu@free.fr